Comment fabriquer soi-même un papier pour pastel sec ?
Pourquoi fabriquer son papier pour pastels secs ?
Dans mon atelier, j’utilise régulièrement le pastel sec avec mes élèves. Pour des raisons de coût, nous travaillons principalement avec des pastels de qualité étude, plutôt qu’avec des pastels fins ou extra-fins.
Pendant longtemps, j’ai pensé que leur difficulté à accrocher au papier et à permettre de belles superpositions venait essentiellement de la qualité des pastels. Jusqu’au jour où je les ai testés sur un bon papier spécialement conçu pour le pastel : même avec mes pastels d’étude, l’accroche était bien meilleure et il devenait possible de superposer davantage les couches.
Le support faisait donc une vraie différence.
Seulement voilà : les bons papiers pour pastel restent relativement onéreux, surtout dans un atelier où les feuilles sont utilisées régulièrement par plusieurs élèves.
J’ai donc cherché une solution simple et économique pour transformer un papier à dessin basique (250G/m²) en un véritable support adapté au pastel sec.
Mon objectif était d’obtenir un grain suffisamment présent pour bien accrocher les pigments et permettre les superpositions, sans pour autant créer une surface trop abrasive, qui userait très rapidement les bâtons de pastel.
Après plusieurs essais, j’ai retenu une préparation très simple à base de gesso et de poudre de marbre, appliquée sur un papier à dessin épais.
Et comme cette préparation peut également être teintée, elle permet de fabriquer facilement ses propres papiers pastel colorés.
Voici comment je procède.
Quel matériel pour fabriquer son papier ?
- Du papier à densité suffisante pour ne pas déchirer ou gondoler (250 g / m² minimum)
- de la poudre de marbre (on en trouve chez Géant des Beaux Arts)
- du gesso (on en trouve aussi chez Géant des Beaux Arts)
- une balance de cuisine
- une cuillère ou spatule pour mélanger
- une assiette (creuse) pour accueillir le mélange
- 2 coupelles pour doser la poudre et le gesso
- un petit rouleau (en mousse ou coton, le grain sera différent)
- du papier abrasif (léger)
- optionnel : du pigment (voir chez Géant des Beaux Arts)
- optionnel : du scotch pour créer une marge autour du papier (si on le souhaite)
Comment préparer le mélange ?
La recette est simple : pour 100 grammes de gesso, prévoir 40 grammes de poudre de marbre.
Mais tout dépend de la quantité dont vous avez besoin. Pour réaliser 4 feuilles un peu plus grandes que du A4 (24×32 cm plus précisément), j’ai utilisé 50 g de gesso pour 20 g de poudre de marbre.
50 g de gesso
20 g de poudre de marbre
Bien mélanger jusqu’à obtenir une pâte lisse
Une fois le pigment ajouté, bien mélanger à nouveau
Et pourquoi ne pas colorer son papier ?
Cette étape est totalement facultative, mais j’aime travailler le pastel sur des fonds colorés. De plus, cela vous permettra de mieux voir où vous appliquez la texture sur le papier blanc.
Vous pouvez donc ajouter une petite quantité de pigment à votre préparation afin d’obtenir la teinte souhaitée.
Il n’est pas forcément nécessaire de rechercher une couleur très intense : une teinte légère suffit déjà à modifier la perception des couleurs que vous poserez ensuite au pastel et peut participer pleinement à l’ambiance du dessin.
Ajoutez progressivement le pigment et mélangez bien jusqu’à obtenir une couleur homogène. Dans mon cas j’ai ajouté quelques grammes (sans peser) et ça m’a légèrement teinté le papier.
Comment appliquer la préparation sur le papier ?
Une fois le mélange prêt, il ne reste plus qu’à l’appliquer sur votre feuille.
J’utilise pour cela un petit rouleau, qui permet de répartir assez facilement la préparation sur toute la surface. Il s’agit de croiser les passes jusqu’à obtenir une surface homogène. Les grains sont bien répartis.
Appliquer la mixture au rouleau en croisant les passes
A la fin, la couche paraît homogène
En regardant de près, le grain est apparent et régulier
La dernière petite touche avant de peindre :
J’ai constaté qu’une fois sèche, la surface obtenue pouvait encore être un peu trop abrasive pour les pastels, même si le grain était bien régulier.
Je vous conseille donc de poncer très légèrement le support avant de l’utiliser, sans chercher à faire disparaître le grain. Au toucher, la surface doit devenir plus douce, tout en conservant suffisamment de texture pour permettre au pastel de bien accrocher et de superposer les couches.
L’objectif est vraiment de trouver le juste équilibre : du grain pour l’accroche, mais pas au point d’user inutilement vos bâtons de pastel.
Et ensuite, il ne vous reste plus qu’à tester vos pastels :
Comme je le disais plus haut, j’ai préparé quatre feuilles de 24 × 32 cm. Sur l’une d’elles, j’avais réservé une marge à l’aide de ruban adhésif. Petite erreur : j’aurais dû attendre d’avoir terminé mon dessin avant de le retirer, cela m’aurait évité de salir la marge !
Avec le recul, je pense d’ailleurs que cette marge n’est pas vraiment nécessaire. Pour un dessin destiné à être encadré, un passe-partout permettra d’obtenir une finition plus propre.
Il était ensuite temps de tester réellement le papier. J’ai sorti mes pastels et réalisé ce dessin d’oiseau. J’ai estompé la première couche afin de bien faire pénétrer les pigments dans le grain du papier, puis, dans les couches suivantes, j’ai laissé davantage les touches et les textures apparentes.
Je suis plutôt satisfaite du résultat obtenu avec ce papier. Le pastel accroche bien et permet de travailler en plusieurs couches. Je poursuivrai peut-être mes essais avec quelques variantes — plusieurs couches de préparation, un peu moins de poudre de marbre… — afin de voir s’il est possible d’obtenir un grain encore plus doux, tout en conservant une bonne accroche.
Les 4 feuilles à pastel confectionnées
Le dessin au pastel sec réalisé sur le papier confectionné
Zoom sur le dessin en cours de travail (premières couches)
Une question sur ce procédé ? Une autre recette à partager ? N’hésitez pas à me contacter, je serai ravie d’échanger avec vous.















